samedi, 15 septembre 2007

La Fayette : "C'est la fin"; Napoléon : "Non, c'est moi qui dit quand c'est la fin"

Voila, c'est fini, le moment est venu de se souvenir de la scène finale de l'Auberge espagnole où le narrateur s'extasie sur les bouleversements intérieurs de son être : "Ma vie est un bordel"...

Ma vie n'est pas un bordel tant que ça. Quand tu pars, tu sais que c'est pour un an, tu sais qu'il y aura une fin, un retour, un après. Cet après, c'est le retour dans ton pays, dans ton environnement d'avant, parmi tes vieux amis. Alors tout le monde te dit qu'Erasmus : "c'est une parenthèse", "c'est une année de vacances", "c'est une année qui ne compte pas"... Et bah, sans vouloir casser les rêves des autres, c'était une année extraordinaire par beaucoup d'aspects, mais tout à fait ordinaire par bien d'autres...

Ce n'était pas une parenthèse, cette année a fait partie intégrante de mon existence, elle était un peu hors du commun certes, mais cette année en suit une et en précède une autre. Je suis resté Pierre, j'ai poursuivi ce que j'étais avant, le cours des choses ne s'est pas suspendu mais a continué. J'ai changé bien sûr, mais on change tout le temps. Ce n'est pas que certains aspects de ma personnalité se seraient effacés pour laisser la place à d'autres, non, c'est plutôt que je me suis découvert et me suis révélé des facettes cachées...

Une année de vacances, non, j'ai rien foutu, mais tous les ans je dis ça, et pourtant je dois bien avouer que j'ai bossé : je me souviens de ces après midi à la salle d'étude ou à la bibliothèque avec les copains à bosser et à faire des pauses pour mater les petites norvégiennes, je me rappelle m'être traîné en cours le matin en vélo sous la pluie et m'être pris la tête sur mon mémoire... Ici, en France, c'est juste replonger dans le rythme français qui va être étrange : pas les mêmes horaires, pas les mêmes exigences, pas le même esprit...

Ce fut une année qui compta énormément, et si je change maintenant de voie (je suis en L3 de Lettres modernes à Lyon), ce n'est pas parce que cette année n'a pas comptée, mais parce que c'est elle qui m'a fait me réorienter. Elle m'a mis face à moi-même et face à ce que je voulais dans la vie.

Durant un an, tu as le temps pour que la routine s'installe. Mais c'est une routine étrange, c'est celle de l'inattendu, de l'exceptionnel et de la découverte constante. Erasmus, c'est temporaire, c'est fugace, alors j'ai vécu à Bergen en m'installant mais je ne m'y suis pas ancré... Vivre à l'étranger, ce n'est pas y immigrer pour la vie, c'est créer une instabilité essentielle : la France n'est plus ton chez toi et la Norvège n'est pas ton foyer. Parfois, tu ne sais plus à quoi tu appartiens, alors tu te raccroches à ce qui fait ton identité à l'étranger : ta nationalité. Je m'en rends compte maintenant, qu'en Norvège j'étais avant tout Français, alors qu'en France, je ne sais plus ce que je suis en premier...

Les autres... Vivre avec plus de 800 étrangers au quotidien, déambuler au milieu des norvégiens, être loin de chez soi... On s'ancre plus dans les personnes que dans les lieux, ce sont les individus qui font les lieux. Fantoft vide n'est plus Fantoft, ce sont des bâtiments sans nom. De toutes nationalités, de tous horizons, il faut bien admettre qu'il est plus facile de s'entendre avec un italien ou une espagnol, qu'avec un tchèque ou une allemande. C'est en dehors de France et plongé dans la culture scandinave que je me suis senti un peu plus latin qu'avant. Au contact des italiens et des espagnols, les sous entendus, l'implicite se transmettent instantanément et c'est plus facile de se faire comprendre, on a les mêmes langues. Bien sûr, j'avais aussi des amis allemands, polonais, irlandais, grecs ou norvégiens auprès de qui j'ai appris beaucoup lors de discussions souvent drôles et parfois riches sur les différences culturelles...

C'était dur d'admettre que les relations qui s'étaient crées devaient avoir une fin, et malgré les promesses à l'heure du départ, tu sais bien que ceux avec qui tu vas rester en contact et à qui tu vas rendre visite se comptent sur les doigts de la main. Seuls les dizaines de prénoms à consonnance internationale te restent ainsi que les souvenirs de moments magiques et de discussions plus ou moins alcoolisées à des heures tardives de la nuit ou au détour de la fac...

Cette année c'était aussi la découverte de la culture norvégienne et scandinave : l'intériorisation des sentiments, la réserve et la retenue m'ont peu à peu envahi. Un peuple fascinant, des femmes d'une beauté naturelle éblouissante (le blond des cheveux oblige), une attitude face à la nature édifiante... Je crois être devenu un peu norvégien moi même, j'ai appris à aimer la culture norvégienne : la musique (mais pas la bouffe tout de même). La langue en elle même est magique et je suis parti au moment où je commençais à pouvoir m'exprimer.

Au bout d'un an et un mois, la Norvège était devenue mon chez moi, j'y avais mes repères, mon rythme, mes amis, mes habitudes. Mais dès le mois de juin, j'ai vu mes copains et amis partir les uns après les autres, et un autre rythme s'est mis en place. En juillet et août, l'auberge espagnole du centre ville m'a vu de plus en plus : siestes d'après le boulot, repas tranquilles, soirées bien arrosées, ballades dans la ville et baignades, merci à eux pour leur accueil.

Au mois d'aôut, les nouveaux sont arrivés à Fantoft, tous excités et les yeux avides de découvrir la vie à Bergen. Que nous les avons envié avec les quelques anciens restés : tout flétris et blasés que nous étions... Ils me montraient en quelque sorte que mon heure était venue. Mais en un mois, on s'attache, et on est tout ému lorsque tout l'étage se réveille à 5h du mat pour te dire au revoir ou qu'une fête t'es partiellement dédiée (voir ce blog, cet article et cet article)...

Voila, maintenant je suis revenu, je cours pour préparer cette nouvelle année qui s'annonce dans la belle ville de Lyon, j'ai fini de rédiger mon mémoire. Soutenir mon mémoire dans une semaine et rentrer dans les amphithéâtres de la fac des quais de Lyon 2 vont sonner le glas de cette année Erasmus. C'est la vie qui continue et les souvenirs qui restent.

Ma vie c'est pas le bordel, c'est la raconter qu'est assez bordélique... Beaucoup de souvenirs se bousculent dans ma tête, je mélange encore les langues quand je veux m'exprimer en français et surtout les gens me manquent énormément, et avec, la vie là bas. Pourtant, je ne veux pas repartir en Norvège de sitôt, j'y ai fait mon temps comme on dit, j'ai vécu ce que j'avais à y vivre. Maintenant, je "digère", j'assimile et je me repose de tout cela.

Voila, c'était le dernier article de ce blog, qui est maintenant clos ad vitam aeternam, ce fut un plaisir de vous raconter ma vie bergenoise et d'essayer de vous décrire ma vie là bas...

Vi snakkes,

Pierrot

Ps : Citation de début : les Aristochats, scène de fin entre les deux chiens La Fayette et Napoléon

Commentaires

Joli article, qui me fait déjà penser que ces quelques cinq six mois passent à toute allure... chacun vit son Erasmus diffèremmemt, et j'ai hate de voir ma conclusion de tout ca. Sinon moi j'ai plus de potes allemands qu'espagnols, mais je le vis bien.

bonne chance a Lyon!!

ps : un enfoire m'a volè mon ordi donc je t'ècris d'un clavier norvègien que je ne maitrise pas encore tout a fait. Mais la classe c'est de pouvoir faire ca : å ø æ å øæ åæø.

:(

Ecrit par : alice | samedi, 15 septembre 2007

Me voilà toute triste que ça s'arrête! J'avais pris l'habitude de venir lire tes posts toujours très pertinents et sympathiques. Je te remercie mon Pierrot de m'avoir fait découvrir ce merveilleux pays qu'est la Norvège, à travers ton blog et grâce à ton accueil formidable. Les choses et les gens changent, mais les souvenirs restent. Et les souvenirs, c'est infiniment précieux!

Ecrit par : justine | samedi, 15 septembre 2007

L'auberge espagnole avait réussi à nous transmettre un peu d'émotion erasmus, mais ton article y parvient encore plus.
Merci pour ce mois avec toi Pierrot et je te souhaite le meilleur pour ton retour sur la terre ferme. Nous aussi on sera bientôt des anciens "flettris" et un peu chamboulés ... en attendant on pense souvent à toi ici (surtout quand on boit le thé dans ta tasse à café) et le portugais qui a investi ta chambre ne risque pas de te remplacer au 1st floor !
Je t'embrasse !

Ecrit par : delphine | mardi, 18 septembre 2007

Hé bien, c'est vrai, c'est fini de voyager à la fois au pays des Trolls et au royaume des étudiants qu'est l'année Erasmus!!!
Je veux te dire un gros merci, Pierre, pour nous avoir offert de partager un peu de cette vie nordique, avec des mots et des photos où se sont entremêlés, tour à tour, humour et émotion, culture et curiosités multiples, chaleur et autodérision, gaité et mélancolie...toujours avec beaucoup d'intelligence et d'à-propos.
Grâce à toi aussi, un peu égoistement je l'avoue, cette année là, Martin m'a semblé moins loin de la maison...
Et maintenant? Peut-on rêver d'un blog nous narrant les dernières aventures de Guignol, révélant l'adresse du meilleur "Tablier de sapeur" ou découvrant une traboule inconnue, ou tout simplement qui nous emmenera sur les traces de ta destinée littéraire?
En tout cas, je te souhaite plein de bonheur et de réussite à Lyon.

Annie
(une maman ravie de son sort mais qui aimerait bien, quand même, être encore étudiante!)

PS : bonjour amical à Thomas

Ecrit par : Martin's Mum | jeudi, 20 septembre 2007

Salut Pierrot

Je t'ai envoyé un mail, t'es dead?
Ca va bien? J'espere pour toi.

Je t'invite à aller voir ma page flickr...

Thomas

Ecrit par : Skygge | lundi, 22 octobre 2007

Bravo Pierre :
On dirait bien que tu as trouvé le bon relais à Bergen.....Sans la connaître, je me régale du blog d'Alice!!!!
Annie

Ecrit par : Annie | jeudi, 08 novembre 2007

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